Qui va croire que le chomage baisse ?
En Septembre 2015, 5 000 chômeurs de moins dans la seule catégorie A (3 547 800 inscrits) et grace à 305 800 radiations ! La triste moyenne est une augmentation de + 25 300 chomeurs par mois , au cours des 9 premiers mois de l’année !

6 447 000 privés d’emploi et travailleurs occasionnels officieux, toutes catégories confondues, + 3 949 100 invisibles qui n’entrent pas ou plus dans les statistiques officielles soit un total : + de 10,39 MILLIONS de chômeurs en France (fourchette basse), et autant de pauvres largement sous les seuils de pauvreté.

Raisons des radiations des listes A,B,C,(D,E) de Pôle Emploi par motifs, pour le seul mois de Septembre 2015 :

  • Demandeurs d’emploi par catégories :
    • A : 3 547 800 (soit -0,7 % mais + 3,1 % sur 1 an ). Catégorie officielle reprise par les médias
      B : 717 000 (soit +1,2 % et + 6,3 % sur 1 an ) travailleurs pauvres moins de 78 heures.
      C : 1 157 900 (soit +1,5 % et + 14,8 % sur 1 an ) travailleurs pauvres de + de 78 heures.
      D : 279 800 (soit -3,5 % et -0,1 % sur 1 an ) stages parking, occupationnels etc.
      E : 408 800 (soit +0,8 % et + 3,9 % sur 1 an ) contrats aidés etc.
      TOTAL : 6 111 300 ( données corrigées ), hors DOM TOM, soit + 5,4 % sur 1 an,
      TOTAL : 6 447 000 personnes DomTom compris ( page 15 du rapport de la DARES)
  • Autres Cas (morts, suicidés, emprisonnés, enfuis à l’étranger ou disparus type SDF ou ) : 49 900 soit 10,4 % des sorties. (+ 5,3 % sur 1 an) soit 305 800 radiés des listes (63,8 % des sorties) ce mois pour autres motifs que :
    • Radiations Administratives (les punis) : 43 000, soit 9 % des sorties. (-9,7 % sur 1 an)
    • Défauts d’Actualisation (bugs informatiques + oublis + empêchés + des découragés non indemnisés) : 212 900 soit 44,4 % des sorties des listes. (+ 7,7 % sur 1 an).
    • Reprises d’emploi déclarées : 95 200, ne représentent que 19,8 % des sorties des listes de pôle emploi. ( + 5 % sur 1 an )
  •  Stages parking : 39 900, 8,3 % des sorties. (-2,2% sur 1 an)
  •  Arrêts maladie, maternité, départs en pré-retraite ou en retraite : 38 900, soit 8,1 % des sorties. (+ 5,4% sur un an)
  • Quelques chiffres qui parlent :
    • Chômage Longue durée (entre 2 et 3 ans) : + 6,4 % sur 1 an.
    • Chômage Très Longue Durée + de 3 ans : + 17,8 % sur 1 an.
    • Chômage des 50 ans et +, + 9,9 % sur 1 an.
    • + d’1 chomeur inscrit à pôle emploi sur 2 (52 %) ne perçoit AUCUNE INDEMNITE, ni ARE (allocation retour à l’emploi), ni allocation de solidarité (ASS, AER)
    • Offres d’emploi disponibles, dernier chiffre connu : 469 663, environ 150 000 collectées via pole emploi, les autres via des “partenaires” privés, certaines pouvant apparaitre 4 fois, d’autres sont fictives et/ou mensongères (remplissages de candidatures de boites d’intérim, annonces faussement classées en CDI, etc).

Le + scandaleux, LE CHÔMAGE INVISIBLE, complètement en dehors des statistiques :
Ne sont pas comptés dans ces 6 447 000 demandeurs d’emploi et travailleurs pauvres occasionnels :

  •  1 449 100 foyers bénéficiaires du RSA, en effet sur 2 470 000 environ de foyers (dernier chiffre connu) , seuls 1 020 900 sont inscrits à Pôle Emploi, les autres bénéficient d’autres suivis (associations, collectivités locales, etc.) en sachant qu’un foyer bénéficiaire, comporte parfois + d’un demandeur d’emploi en son sein, donc si on parle en nombre d’individus c’est pire.
  • + encore : 1 100 000 au bas mot, sur les environs 2 millions de bénéficiaires de l’AAH ou d’une pension d’invalidité, qui ne sont pas inscrits à Pôle emploi, malgré une aptitude et un désir d’accès à un emploi adapté.
  •  + encore 1 400 000 de SANS-DROITS, qui sont principalement :
    •  des jeunes de moins de 25 ans, primo demandeurs d’emploi, qui comme vous le savez n’ont même pas droit au RSA. (quasi unique en Europe), favorisant délits, crimes, trafics, prostitution, esclavagisme moderne, radicalisations etc.
    • des sans droits, pour motif, dépassement des plafonds de ressources dans le foyer, exemple, votre conjoint(e) perçoit 700€ d’allocation chomage, ou 807€ d’allocation adulte handicapé, vous n’aurez même pas droit au RSA, car vous dépasserez le plafond couple qui est de 660€ par mois, si vous êtes NON SDF.
    • des bénéficiaires de pensions de reversions ( veufs, veuves ) de 55 ans et +, qui dépassent les plafonds du RSA ( 462€ pour une personne seule ), et qui n’ont pas l’âge pour prendre leur propre retraite ou pour percevoir le minimum vieillesse ( 65 ans ) qui s’appelle aujourd’hui “A-S-P-A” (allocation solidarité aux personnes âgées), qui est récupérable sur le patrimoine, au décès.
    • des bénéficiaires de pensions alimentaires qui dépassent les plafonds du RSA (plafonds 2 fois inférieurs aux seuils de pauvreté, une véritable honte)
    • des étudiants, boursiers ou non, qui cherchent des petits jobs alimentaires, qui sont donc bien demandeurs d’emploi, en concurrence avec les autres (même si beaucoup sont aussi exploités en stages sous payés, voire gratuits).
    • des auto-entrepreneurs, qui ne gagnent rien ou presque, et sont demandeurs d’emploi en parallèle.
    • on peut parler également de retraités qui cherchent un emploi car leur retraite ne couvre pas les charges fixes pour survivre ( loyer, énergie, assurances, voiture, téléphone, eau, nourriture, santé (lunettes, dentiste ..) incalculable.

Faites le calcul vous même, on arrive au total, à + de 10 MILLIONS demandeurs d’emploi en France, et travailleurs pauvres occasionnels.

Sources : Rapport complet de la DARES de 20 pages (et non pas le simple communiqué de presse envoyé aux médias) :
http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/PI-Mensuelle-OC6AAR-2.pdf

et le NON RECOURS – la NON DEMANDE de PRESTATIONS dues ?

Pour de multiples raisons, bon nombre de personnes ne recourent pas aux prestations auxquelles elles ont droit. Si la fraude aux prestations sociales se monterait a 4,5 milliards d’€ le non recours dépasserait les 6,5 milliards d’€ . Au 1er janvier 2015, 7 personnes sur 10 ne réclament pas le RSA ….

  • RSA : Fin 2009, on observait alors un taux de non-recours de l’ordre de 70 % : ce taux semble persister à un niveau élevé. Dans l’attente des résultats d’une enquête en cours sur le taux de non-recours à l’échelle nationale,
  • Des taux de non-recours importants sont également observés pour les prestations sociales concernant l’accès aux soins. En 2008, 1,5 million de personnes sur les six millions de bénéficiaires potentiels ne disposaient pas d’une CMU (Couverture maladie universelle), assurant aux plus démunis un accès gratuit aux soins [6]. Au 31 décembre 2010, une étude du Fonds CMU estimait que le nombre de personnes n’ayant pas recours à la CMU-C (Couverture maladie universelle complémentaire, mutuelle complémentaire rattachée à la couverture maladie synonyme de sécurité sociale) était de 1,7 million, soit un taux de non-recours de plus de 20 %. Plus spécifiquement, les personnes qui touchent le RSA socle, et qui sont ainsi systématiquement affiliées à la CMU-C, présentaient un taux de non-recours de 28,9 % en juin 2010 [7]. En ce qui concerne les prestations liées au logement, en revanche, les taux sont relativement faibles, mais il n’existe pas de données assez récentes pour estimer le phénomène. Le Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) estimait par exemple que le taux de non-recours aux aides au logement au Havre était inférieur à 1 % en 2000 [8].

Comment comptabiliser des personnes non- inscrites administrativement auprès des organismes qu’ils devraient approcher pour obtenir de telles aides ?
http://www.inegalites.fr/spip.php?article1496&id_mot=98

http://odenore.msh-alpes.fr/documents/WP1definition_typologies_non_recours.pdf

La misère persiste en France, l’un des pays les plus riches au monde

La France compte deux millions de personnes vivant avec moins de 667 euros par mois, 3,5 millions de mal-logés et 3,9 millions de bénéficiaires de l’aide alimentaire. La grande pauvreté persiste en France.

Qui vit dans la grande pauvreté en France ? L’Observatoire des inégalités fait le point à l’occasion de la journée de la misère. Du seuil de pauvreté monétaire aux mal-logés en passant par les titulaires de minima sociaux, plusieurs méthodes permettent d’estimer l’étendue du phénomène [1].

En France, 2,1 millions de personnes vivent avec au mieux 667 euros par mois pour une personne seule, soit le seuil à 40 % du niveau de vie médian, selon l’Insee (données 2013). Pour elles, il est quasiment impossible notamment de se loger dignement sans compter sur l’aide d’autrui, de parents ou d’amis.

Quatre millions doivent se contenter de minima sociaux (plus de six millions si l’on comprend les conjoints et les enfants), selon le ministère des Affaires sociales (données 2013). Si l’allocation adulte handicapé ou le minimum vieillesse atteignent 800 euros mensuels, le montant du RSA socle est de 524 euros pour une personne, 1 100 euros pour un couple avec deux enfants au 1er septembre 2015 [2]. De trop faibles revenus pour vivre même avec des prestations sociales complémentaires (comme les allocations familiales), qui contraignent là aussi à faire appel à la famille, aux amis, aux associations ou à quelques petits boulots.

Un peu plus de 600 000 personnes n’ont pas de domicile personnel, dont plus de 400 000 sont hébergées de façon contrainte chez des tiers, selon la Fondation Abbé Pierre, et dont près de 80 000 n’ont aucun lien familial avec celui qui les reçoit [3]. Deux millions vivent dans des conditions d’habitat très difficiles, 140 000 n’ont pas de domicile et parmi elles un peu plus de 10 000 dorment dans la rue selon l’Insee (données 2012).

Comble pour l’un des premiers producteurs agricoles mondiaux, pour manger, près de quatre millions de personnes auraient eu recours à l’aide alimentaire en 2013, selon la Direction générale de la cohésion sociale [4].

Au total, dans l’un des pays les plus riches au monde, des dizaines de milliers de personnes vivent dans des conditions très dégradées, dorment dans la rue, vivent dans des mobil-home, des caves. On est loin des 8,5 millions de pauvres au seuil à 60 % du niveau de vie médian, chiffre le plus souvent avancé dans le débat public, qui concerne plutôt une population très modeste mais parfois éloignée des conditions de vie des plus pauvres. La situation française est vécue d’autant plus violemment que cette misère s’intègre dans une société où les niveaux de vie moyens sont très élevés et la protection sociale développée, où les conditions de logement se sont améliorées au cours des dernières décennies et où l’accès à la consommation s’est largement diffusé.

La grande pauvreté en France

  • Nombre de Personnes vivant sous le seuil à 40 % du revenu médian (Insee – 2013) 2 152 000
  • Personnes sans domicile personnel (Fondation Abbé Pierre – 2015) 610 500
    – dont personnes hébergées chez des tiers dans des conditions de logement très difficiles 411 000
    – dont personnes sans domicile* 141 200
  • Personnes vivant dans un logement inconfortable, de mauvaise qualité 2 123 000
  • Logement en surpeuplement accentué 800 000
  •  Habitat de fortune (cabane, caming, etc.) 85 000
  • Personnes ayant recours à l’aide alimentaire (DGCS-2013) 3 900 000   ( Les restos ont servi 123 millions de repas à > 1 million de personnes
  • Allocataires de minima sociaux (Drees – 2013) 4 019 900 – dont RSA socle 1 812 400
  • Personnes qui ont passé la nuit précédant l’enquête dans un lieu non prévu pour l’habitation, halte de nuit, ou dans un service d’hébergement (hôtel, dortoir ou chambre d’hébergement collectif, etc.).

Source : Insee, Fondation Abbé Pierre, Cnaf, DGCS, Drees – © Observatoire des inégalités

« La pauvreté, c’est la privation de liberté »   entretien avec Marie-Aleth Grard, Vice-présidente d’ATD Quart-Monde.

A l’occasion de la 25ème journée mondiale du refus de la misère, Marie-Aleth Grard, Vice-présidente d’ATD Quart-Monde fait le point sur l’état de la pauvreté en France aujourd’hui. Et rappelle l’importance d’impliquer les plus démunis eux-mêmes dans la lutte contre la misère.

Distinguez-vous différentes formes de pauvreté au sein des catégories modestes ?

On parle plutôt de différentes formes de précarité auxquelles sont confrontées les personnes en situation de pauvreté dans de nombreux aspects de leur vie quotidienne. Ils rencontrent par exemple des problèmes de logement, de travail, ont des difficultés à payer l’électricité, le gaz, à se nourrir, à se soigner. L’accès à l’éducation se complique dans un tel contexte. Si on n’a pas de logement, on n’a pas de travail, si on n’a pas de travail, on n’a pas de ressources et sans ressources, on ne peut plus se nourrir ni s’occuper de ses enfants comme tout parent le souhaite, ce qui a un effet sur leur scolarité. Tout est entremêlé, et parfois ces difficultés se cumulent. Les personnes qui vivent dans la pauvreté cumulent plusieurs de ces précarités.

Est-on pauvre de la même façon avec 200 euros ou avec 1000 euros par mois ?

Bien entendu qu’on ne vit pas de la même façon avec 200 euros par mois qu’avec 1000 euros. ATD Quart-Monde est très attaché au terme de « quart monde » : Joseph Wresinski, notre fondateur, a créé ce terme pour donner un nom collectif et porteur d’espoir aux personnes en situation de pauvreté à travers le monde (dans les pays riches comme dans les pays pauvres). On ne doit donc pas tout mélanger : nous travaillons d’abord pour soutenir ces populations-là. Ceci dit, cela ne doit pas masquer qu’une très large partie de la population vit avec des revenus très modestes, notamment dans les grandes villes. Avec 1 000 euros aujourd’hui, comment peut-on vivre à Paris ?

L’affirmation selon laquelle tout le monde peut se retrouver un jour à la rue, vous semble-t-elle proche de la réalité ?

Un récent sondage laisse apparaitre que plus de 50 % des français ont peur de se retrouver un jour à la rue. Cela ne veut pas dire qu’ils vont se retrouver à la rue, mais cela signifie que les Français ont peur. Qu’ils vivent dans une société qui génère de la peur et c’est cela qu’il faut aussi combattre.
Se retrouver à la rue arrive rarement du jour au lendemain, mais plutôt à la suite de plusieurs accidents de la vie. La pauvreté, c’est un ensemble de situations précaires qui empêchent de vivre dignement. Ce n’est pas une maladie que vous attrapez plus ou moins au hasard de la vie.

Quelles sont les causes de la pauvreté ?

La pauvreté est d’abord liée à la situation de l’emploi : au chômage, aux bas salaires, au temps partiel subi, etc. Tout ce qui fait que l’on ne gagne pas assez pour vivre dignement. Les plus touchés par le chômage de longue durée sont ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir une bonne scolarité.
Malheureusement, la pauvreté se reproduit parfois de génération en génération. La plupart des jeunes en échec scolaire sortent de l’école sans diplôme, et ont plus de mal à trouver un emploi que les autres. De ce fait, ils trouvent souvent des emplois usants et contraignants. Ils vivent dans des logements exigus, mais fondent quand même, heureusement, une famille. Ils n’ont pas toujours les conditions nécessaires pour faire en sorte que leurs enfants s’en sortent, et qu’ils ne connaissent pas à leur tour l’échec scolaire, puis l’emploi précaire, le mal-logement, etc.

Il y a également les personnes qui vivent des situations précaires, pas seulement d’un point de vue monétaire, mais au sens du statut du travail. Par exemple, les personnes qui font les ménages dans les entreprises très tôt le matin ou tard le soir. Ils doivent laisser leurs enfants seuls, aux moments où leur présence serait nécessaire. A partir d’un certain stade, les gens ne tiennent plus, c’est insupportable. C’est une précarité globale de la vie, pas seulement de travail.

On entend parfois dire que les pauvres coûtent cher…

C’est vrai, et à force, cela a même un impact sur la pauvreté ! Une partie de la population n’ose plus demander ses droits. Un million de personnes éligibles au RSA ne le demandent pas. Certains finissent par vivre cachés, n’osent plus franchir la porte de l’école, ou se faire soigner. On entend souvent que les pauvres dépensent inutilement leur argent, par exemple en boissons ou en tabac, mais le dernier rapport du Conseil National des politiques de Lutte contre la pauvreté et l’Exclusion sociale (CNLE) [1] montre qu’ils consacrent quasiment autant à ces postes que les plus aisés. Et comme c’est proportionnel aux revenus, cela signifie que les plus aisés dépensent beaucoup plus en boissons et tabac ! Ce sont ces idées qui opposent les gens entre eux, qui font que la solidarité s’amenuise et qui diminue la combattivité des plus démunis : ils n’osent plus agir, demander de l’aide, ou même simplement vivre leur quotidien, qui leur demande déjà tant d’efforts.

Que faire pour lutter contre la pauvreté ?

D’abord, il faut combattre les idées reçues qui véhiculent les mauvaises représentations et les malentendus. Il faut mieux expliquer les situations : c’est la mauvaise connaissance de telle ou telle situation, qui suscite la défiance et ensuite l’exclusion… Aujourd’hui, pourquoi les gens craignent les Roms et s’en méfient ? Parce qu’ils ne connaissent pas leur situation.

ATD Quart Monde a ainsi saisi le Défenseur des droits pour qu’il mène de vraies campagnes sur les idées reçues sur la pauvreté et pour que soit reconnue la discrimination pour origine sociale. C’est important que les ministres Marisol Touraine et Marie-Arlette Carlotti [2] disent « c’en est fini de la discrimination des pauvres », mais ce n’est pas suffisant pour que la discrimination pour origine sociale s’arrête dans notre pays. Il faut vraiment recréer de la solidarité et de la confiance entre les citoyens de notre pays.

Ensuite, il faut rehausser les minimas sociaux. Quand le revenu minimum d’insertion a été créé, il représentait la moitié du Smic. Aujourd’hui, le revenu de solidarité active en représente 43 % et l’allocation de parent isolé est passée de 65 % à 55 % du Smic. C’est vraiment la base : les gens qui ont un Smic ont déjà des fins de mois difficiles, mais avec moins de la moitié, les gens finissent systématiquement le mois en négatif. Et que fait-on dans cette situation ? On saute un repas pour pouvoir nourrir ses enfants.

Quelles mesures doit-on prendre en priorité ?

Ca, c’est justement le plus urgent. Il faut permettre aux gens de mener leur vie comme ils l’entendent. Quand vous allez à la banque alimentaire, vous n’avez pas le choix de ce que vous mangerez le soir. La pauvreté, c’est la privation de liberté. D’ailleurs, il est indispensable de prendre des mesures qui concernent tout le monde et pas uniquement les plus pauvres. Il faut qu’elles soient prises en concertation avec eux mais pas spécialement pour eux. Ce qui importe, c’est que les personnes en situation de pauvreté ne soient pas mises de côté mais associées aux réflexions, aux décisions et soient intégrées dans le droit commun comme tout le monde.

Vous avez récemment contribué à la rédaction de la loi d’orientation sur l’école. En quoi l’école est un outil pour votre combat ?

Il est aberrant que 150 000 enfants sortent de l’école sans diplôme actuellement. Depuis de nombreuses années le Mouvement ATD Quart Monde réfléchit à ce qu’il faut faire pour que l’école mène à la réussite de tous en partant de l’enfant qui a le plus de mal. Un enfant qui dort à l’hôtel ne peut pas apprendre dans de bonnes conditions et les enseignants estiment que beaucoup est joué à la fin du CP…

Depuis plusieurs années, nous menons des projets pilotes pour faire évoluer la relation des parents à l’école, créer une charte, un espace parents où ils pourront discuter avec les enseignants en toute confiance. Parce qu’eux-mêmes ont bien souvent un passé difficile avec l’école et ont une peur incroyable que ça se reproduise pour leurs enfants…

Comment fait-on pour établir cette relation ?

Il faut former les enseignants à la connaissance de ce que vivent les familles en situation de pauvreté, et à comprendre qu’enseigner aux enfants les plus en difficulté profite à tous. C’est l’école de la coopération : les bons élèves aident les moins bons, il faut valoriser l’ensemble, pour ne pas montrer du doigt les plus en difficulté, et du coup tous les enfants progressent.

C’est très important parce que c’est la France de demain. Un enfant qui ne réussit pas à l’école, c’est un adulte cassé, qui n’aura pas confiance en lui, qui n’osera pas faire de démarches administratives parce qu’il aura des difficultés en lecture, en écriture… qui n’osera pas se défendre. Si les lois pour détruire la misère ne sont pas construites avec les personnes concernées, nous n’avancerons pas.

Propos recueillis par Nina Schmidt.

Pour en savoir plus : Le site de la journée du refus de la misère

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